Collectif Fukushima Style //

28 août, Cité Des Arts

LE COLLECTIF

«  Comme l’ombre d’une plissure sur la mesure d’une partition sonore.  »
C’est en 2013 lors du colloque "Identités, migrations et territoires dans l’océan Indien", organisé à la fois par l’Université de La Réunion et l’École Supérieure d’Art de La Réunion, que le collectif Fukushima Style connu une première définition.

Cédric Mong-Hy et Aude-Emmanuelle Hoarau (enseignants-chercheurs à l’École Supérieure d’Art de La Réunion, ont défini le FUKUSHIMA STYLE comme étant : « l’ombre d’un désordre nouveau  » et comparent sa création à un “accident silencieux” . Et c’est précisément de cela dont il s’agit, d’un désordre, d’un bruit, d’un grondement, d’un accident par cette lame de fond qui fait jaillir l’écume de l’océan et qui vient balayer de nombreux concepts esthétiques artistiques.

Définir cette appellation ne doit pas consister à l’emmurer en un concept, mais plutôt à définir les contours de cette membrane élastique. FUKUSHIMA STYLE se définit comme l’idée d’un chaos qui met tout en suspension. Une catharsis créative qui reformule les conventions : “d’UNE façon de faire” en “NOTRE façon de faire”.

Il est ici question d’identité, mais surtout de questionner LES IDENTITÉS et la manière dont elles se définissent. En cela, le nom de ce territoire qu’est l’île de La Réunion, est éloquent. L’île est formée d’identités multiples, par la réunion de peuples issus de divers horizons culturels, avec des pratiques culturelle et cultuel à la fois distinctes et poreuses. Il ne s’agit pas de les définir toutes car ce serait jouer le jeu de la segmentation pour diviser et ainsi soulever la question du communautarisme.

Nous voulons mettre en avant tout ce qui définit les membres du FUK U SHI MA STYLE par le biais de ses différentes pratiques.

Les artistes membres du collectif :
Vincent CONDAMINET
Gaël PAPY
Warren SAMUELSEN
Mickaël GRAVINA
Sandrine COLLET

« Il est vain de comprendre comment cette machine est fabriquée, mais plutôt intéressant et courageux de s’asseoir au fond du siège pour vivre et ressentir l’expérience. Car le Fukushima Style se vit ! »

SONGE
Série de performances rituels et sonores

En résidence à la Cité des Arts depuis juin 2017 le collectif a travaillé sur la membrane de son projet « SONGE ».

Songe : Définitions

Rêverie à laquelle on se laisse aller à l’état de veille, construction de l’imagination”. Un néologisme est à observer par la proximité sémantique de songier et soigne, soinge, soingne, utilisé dans le créole, comme Sonyé, Songné “s’occuper de” “Soigné selon Alain Armand dans le dictionnaire Kréol Fançais 2014.

Du lat. somnium « songe, rêve ; chimère, extravagance ; les Songes [Somnia] pluriel personnifié  » Voir en rêve, demeurer oisif. Entrevoir, imaginer, s’entrevoir, inventer. Un rêve porteur d’un message selon Wace ( Brut, éd. I. Arnold, 696, “porteur d’un rêve” construction de l’imagination à l’état de veille selon Montaigne ( Essais, II, 12, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 523, 1580), Tantost je resve, tantost j’enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voicy, dit-il (Id., op. cit., III, 3, p. 828, 1588).

Du lat. somniare intrans. « rêver, avoir un songe », trans. « voir en rêve ».
Sur la similitude, en a. fr., de certaines formes de songier et de soignier ( soigner*) d’une part, et de songe* et soigne « souci » d’autre part [ cf. T.-L., s.v. soignier et soigne] ( somniaresongier, songnier, soignier ; songe*, autres formes : soinge, soigne, soingne) et sur la proximité sém. de songier a « penser à, s’occuper de » et de
soignier a « s’occuper avec attention, avoir soin de » ( cf. FEW t. 17, p. 281b, note 8), v. U. Joppich-Hagemann ds Rom. Forsch. t. 90 1978, pp. 35-47.

Qu’est ce que le projet “Songe” ?

Entre réalité et monde fantasmé (conscientisé). Sous ces trois définitions, il est question de s’interroger sur les différentes significations du “songe”. Celui-ci renvoie à une idée de rêve, dans le sens de la vision. C’est une projection d’une réalité et d’un imaginaire. Il confère aussi des capacités qui tendent parfois, comme pour l’hypnose, vers une forme de soin.

Nous pouvons jouer avec les mots pour déguiser nos maux. Par les voi-es (x) qui alimentent nos rêves, nous questionnons à la fois notre identité à travers les origines d’un groupe de territoire, mais aussi nos pratiques et nos médiums de prédilection à travers la performance visuelle et sonore. L’orientation de nos idées est régie par des ramifications culturelles exceptionnelles car elles sont à la fois hétéroclites et perméables.

Lors de notre résidence de recherche nous avons fait le constat que de nombreux artistes réunionnais orientent leurs créations autour de la mythologie locale, et de façon générale, indo-océanique. Cela s’observe notamment dans la démarche de plasticiens tel que Stéphane Gilles, Christian Jalma, Kid Kréol et Boogie, J-C Jolet, Jean-Marc Lacaze... Une préoccupation que l’on retrouve également dans le travail d’Emmanuel Kaboo avec toutes ses créations autour de l’ “INCYCLOPEDIE du continent réunionnais” aux Archives Départementales de La Réunion.

Pour la plupart, cette énergie créatrice puise sa source dans les Révélations du Grand Océan de Jules Hermann. Dans sa série d’ouvrages, Jules Hermann relève quantités de traces, de “preuves” de l’existence d’un immense continent plongé dans l’océan Indien : La Lémurie. L’auteur révèle l’histoire d’une hypothétique civilisation disparue. Ainsi, les montagnes appartenant aux terres de l’océan Indien deviennent des sculptures gigantesques créées par l’homme. Elles prennent pour la plupart des formes d’animaux ou de divinités existants aux quatre coins du monde. C’est en creusant dans cet hypothétique vérité que des artistes locaux finissent par illustrer, eux-mêmes, leurs propres songes et ouvrent des chemins vers une infinité de possibilités.

Dans d’autres formes de questionnement autour de l’identité, nous retrouvons, par exemple chez J-C Jolet, un questionnement sur le tropisme, l’insularité. Visible également dans le travail de Jean-Marc Lacaze, qui à travers le détournement d’icônes et d’objets questionne la condition humaine et son histoire dans les diasporas indo-océaniques.

Ces questionnements identitaires proposent des formes qui résonnent avec les îles et archipels de l’océan Indien. Ces signes et ces formes sont politiques, sociologiques, mythologiques. Le syncrétisme du Saint-Expédit chez Kid Kréol et Boogie, la condition du Cafre chez Wilhiam Zitte, l’amnésie culturelle et l’accumulation documentaire autour de l’origines de notre civilisation comme chez Floyd Dog de Christian Jalma, sont autant d’axes de recherche différents qui questionnent la notion d’identité.

Ces démarches nous intriguent. Ce besoin criant d’ouvrir des portes entre les terres de cet océan, mêlé à notre envie de découvrir l’histoire de nos origines, nous pousse à établir notre propre laboratoire... ce qui prend la forme d’une longue et passionnante thérapie.

Une proposition plastique inédite composée de protocoles rituels, visuels et sonores... Cette idée a émergé lors d’une rencontre avec l’artiste Jean-Claude Jolet à son atelier situé à la ferme “Loup cachèt” à la Rivière Saint-Louis. Nous avons été invités pour faire l’expérience de ce que l’on appelle couramment une “Jamm session”, autrement dit : séance d’improvisation.

De cet évènement sont apparues les cellules embryonnaires de “Songe”. Comme pour le jazz, cette “ Jam session “ a mis en évidence le besoin d’écrire une partition commune que sont les thématiques de recherche et d’expérimentation.

De cette expérience nous avons mis en place un processus de brainstorming à partir d’un schéma à bulle reliant nos affinités plastiques et nos questionnements en tant que plasticiens. Ce schéma nous a permis de mettre en lien et en évidence les particularités plastiques de chacun des plasticiens de l’atelier 3 de la Cité des Arts afin de distiller des thématiques communes.

OBJECTIFS DE RÉSIDENCE
Cette résidence en tant qu’artiste associé nous permet d’expérimenter concrètement des thématiques ainsi déployées en résonance avec l’idée du songe.

● L’hybridation : À travers le décloisonnement artistique par interconnexion entre différents supports et médiums.
Orientations possibles : Hybridation liée aux rituels cultuels / Hybridation liée aux pratiques culturelles / Hybridation des objets, des corps, des matières.
● Sérendipité : La faculté ou la chance de trouver la preuve de ses idées de manière inattendue ou bien de découvrir avec surprise de nouveaux objets ou relations sans les avoir cherchés.

“Songe” est un projet de recherche et d’expérimentation en vue d’une exposition. Il contiendra des œuvres sculpturales, graphiques, des installations visuelles et sonores en lien avec des performances programmées.

Photo © Collectif Fukushima Style

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